"Avec le QR code, plus de Gilets jaunes !" C'est pas moi qui le dis, mais l'inventeur du crédit social en Chine. Et voilà bien leur but, en ce moment : ils saisissent le Covid comme une "opportunité" pour nous discipliner. Pour imposer le numérique partout. Alors, on résiste, avec un bureau en bois, et surtout avec de la joie. Parce qu'ils nous veulent tristes, maussades, résignés, nous devons leur opposer ça, malgré tout : notre joie.

Pour Macron, "un irresponsable n'est plus un citoyen"

"Un président ne devrait pas dire ça. On imagine mal De Gaulle venir dire qu’il veut emmerder les Français. Ce sont les mots. Ce qui me choque plus, c’est la suite : ‘Un irresponsable n’est plus un citoyen’. Moi, dans ma circonscription, je suis le député de tous les Français, des Français noirs, blancs, des Français qui votent pour moi et qui ne votent pas pour moi, des fumeurs et non-fumeurs, des vaccinés et des non-vaccinés.

Il est le président de tous les Français. Il n’a pas le droit d’exclure une partie des gens de la communauté nationale, du corps social. C’est déjà ce qu’il avait fait au moment des Gilets jaunes. A partir du moment où on portait un gilet jaune, on était une espèce de lépreux. On ne devait plus être considéré comme un citoyen, mais comme un sous-citoyen."

2022 : contrer le virus OMacron !

Macron, l'irresponsable face à l'hôpital

"Pour moi, le premier des irresponsables dans le pays, c’est Emmanuel Macron. Il est irresponsable par ses propos qui attisent le feu de la division, dans un moment où le pays n’en a franchement pas besoin. Et irresponsable sur ce qu’il a fait à l’hôpital, à la santé, depuis deux ans. Ils ont eu deux ans pour monter la digue de l’hôpital. On bat le record en pleine crise Covid avec 5700 lits fermés. J’ai dit l’année dernière qu’on avait voté un budget de la honte sur la sécurité sociale : un milliard d'euros en moins pour l'hôpital, zéro postes de réanimateurs ouverts."

« Brune Poirson, 38 ans, ne souhaite « plus formellement » faire de la politique aujourd'hui ».

C'est bien la première fois que l'existence de Brune Poirson me préoccupe, mais cette dépêche de l’AFP attire mon attention. On apprend que l’ex-secrétaire d’État, redevenue députée du Vaucluse, souhaite se « tourner vers d'autres horizons » que la politique et « agir en faveur de la transition écologique ».

Franchement, je peux comprendre qu’on soit fatigué de la politique. Ca me traverse régulièrement : sauter d’un sujet à l’autre, de la commission à la séance, à une audition, au train, à la circo, à la préf, et ainsi de suite, on perd parfois le fil, le sens de son action. Alors, soit, Brune Poirson est fatiguée de la politique (ce qui m’étonne un peu, puisqu’elle n’est venue que quatre fois à l’Assemblée depuis le mois d’août dernier).

Jean Castex aux petits oignons

Mais l’AFP indique que son suppléant prend sa place. Ah bon ? Normalement, c’est interdit. Je m’étais renseigné, pour mon cas : seule la mort ou « des fonctions gouvernementales » impliquent que le suppléant prenne la suite. Sinon, une seule solution : démissionner et remettre en jeu l’élection du binôme. D’ailleurs, j’avais déposé des amendements pour une réforme de l’Assemblée, pour que les députés soient remplacés plus facilement, provisoirement, par leur suppléant, une semaine sur deux, par exemple, ça m’irait. Mais aujourd’hui, même en cas de maladie, même pour un congé maternité ou paternité, impossible de laisser son siège.

Pourquoi ça lui est autorisé, à elle, alors ? La lettre A, un média spécialisé, a débusqué le truc : « Jean Castex vient d'avoir recours à une astuce pour éviter la tenue d'une élection législative partielle dans [la] circonscription du Vaucluse [de Brune Poirson]. Le premier ministre a prolongé de six mois sa mission gouvernementale consacrée à "l'éducation au développement durable", soit jusqu'à fin 2021. Selon le code électoral, toute mission de plus de six mois d'un député entraîne son remplacement automatique par son suppléant à l'Assemblée nationale. »

Discret scandale : on lui crée une fonction sur mesure pour assurer sa transition, et ne pas remettre en jeu un siège d’En Marche ! Deux jours plus tard, alors qu’elle déclarait ne « pas encore » savoir quelles seront ses « nouvelles fonctions », on apprend qu’elle devient « directrice du développement durable » chez Accor, grand groupe hôtelier, qui licencie à tours de bras.

Brune Poirson, mais avant-elle : Buzyn, Pénicaud, Besson...

Le gouvernement tape avec ardeur sur un prétendu assistanat, refuse le RSA aux 18-25 ans, flique les chômeurs, mais installe tranquillement « l’assistanat de la Macronie ». Poirson veut quitter son siège pour bosser dans le privé ? On lui trouve une petite mission payé par nos impôts ni vu ni connu. Pénicaud perd son poste de ministre du Travail ? Hop, on lui dégote un poste « d’ambassadrice à l’OCDE ».

Buzyn quitte le gouvernement en pleine crise sanitaire pour briguer la ville de Paris, échoue lamentablement, est poursuivie par la Cour de justice de la République ? C’est pas grave ! Elle ira bosser au cabinet du directeur de l’OMS ! Vous vous souvenez de Sibeth N’diaye, porte-parole du gouvernement et gaffeuse invétérée ? Malgré un avis mitigé de la HATVP (haute autorité pour la transparence de la vie publique), elle ira défendre la méga-boite d’intérim Adecco, lobbyiste auprès de ses anciens collègues.

Macron s’est même piqué de nommer personnellement Philippe Besson, romancier et authentique flagorneur/hagiographe de notre Jupiter national, au poste de Consul général de France à Los Angeles ! Nomination finalement retoquée par le Conseil d’État : il y a des limites (juridiques) à ne pas dépasser.

S’il n’y avait que leurs mensonges, s’il n’y avait que leurs erreurs… Mais en plus ils ne respectent rien. Plutôt que de vivre avec les même lois, les mêmes contraintes, que tout le monde, ils s’autorisent à jouer avec la loi, pour eux-mêmes, pour les copains. Mais pour les autres, les pauvres, les chômeurs, les petits fonctionnaires, les ouvriers : toute désobéissance sera durement sanctionnée.

"On ne sait pas de quel côté va retomber la pièce." C'est un conseiller de l'Elysée qui s'exprimait ainsi jeudi dans Le Parisien. Qu'allait choisir le chef de l'Etat ? Un confinement dur, un confinement doux ? Jusqu'à la dernière minute, nous dit-on, jusqu'à la dernière seconde, le Président a hésité.

"Quel serait cette fois, je cite toujours, le pari d'Emmanuel Macron ? Pour l'instant, c'est du 50-50, confiait son entourage." Et donc, cette phrase : "On ne sait pas de quel côté va retomber la pièce." Mais la pièce, c'est nous, c'est la France. C'est 67 millions de citoyens, de citoyens libres, avec liberté même comme premier mot de notre devise.

Nos vies à pile ou face

Va-t-on rejouer au foot ou pas ? Pile ou face. Ça dépend de la pièce, de l'humeur du Président, de son sentiment. Est-ce que le fleuriste vendra ses fleurs ? Pile ou face. Les cours à l'université, dans les lycées ? Pile ou face. Boire une bière en terrasse ? Pile ou face. Depuis plus d'une année nous sommes entre les mains du souverain, suspendus à ses lèvres, sans prise sur notre destin, ni ici dans cette Assemblée, ni ailleurs. Et l'expression qui revient que j'entends chez les gens, c'est "on attend de voir à quelle sauce on va être mangé".

Et finalement, après un confinement un déconfinement un reconfinement un redéconfinement un couvre-feu à 19h, un couvre-feu à 18h, nous voilà avec un confinement territorial partiellement déconfiné et un couvre-feu à 19h avec attestation de sortie. Mais finalement sans. Mais finalement si. C'est du colmatage, du rafistolage, sans aucune stratégie, sans aucun calendrier.

Vous ne rouvrez pas les bars et les restaurants, vous ne rouvrez pas les musées, les cinés, vous ne rouvrez pas les gymnases et les salles de sport, mais surtout, surtout, vous ne rouvrez pas l'espoir. Vous ne rouvrez pas l'horizon.

"C'est le moment de se planquer derrière les blouses blanches"

Ce matin, Ali m'a dit : "On a l'impression qu'il tâtonne avec une canne blanche. Il faudrait leur acheter un chien d'aveugle." Dans Le Parisien, toujours, un conseiller gouvernemental, nous dit-on, décrypte. "Il fallait donner des gages aux soignants exténués."

Évidemment, c'est le moment de visiter un hôpital. C'est le moment de se planquer derrière les blouses blanches. Le couvre-feu, c'est pour eux que vous le faites. Si on leur nom, le rerererereconfinement. Soudain, il faut les écouter. Soudain, il faut montrer les urgences débordées. Le reste du temps, en revanche, vous êtes sourdingues. Les oreilles bien bouchées.

Des lits ?

Des quoi ? Des lits ? Comment ça des lits ? le Premier ministre ose même et c'est à ça qu'on le reconnaît, il ose même un : "Les soignants ne demandent pas d'augmenter le nombre de lits à l'hôpital." Eh bien, si, ils le demandent et même ils s'étonnent, je les cite : "Nous sommes le seul pays au monde à fermer des lits en pleine pandémie." Allons, allons, leur réplique-t-on, à quoi serviraient des lits sans soignants ? Sans personnel ?

Mais justement !, ils vous hurlent les réanimateurs, on en réclame. "On réclamait 60 internes de plus dans notre spécialité, 60 pour tout le pays. C'est pas énorme. On les aurait orientés en septembre. Aujourd'hui, ils seraient à nos côtés dans les services. On serait moins asphyxiés." Mais combien en avez-vous accordé ? Combien ? Vous le savez. Zéro.

Le zéro vaccin

Et sur les vaccins, c'est pire, presque. Combien de doses seront produites en France en mars ? Zéro. Combien en avril ? Zéro. Combien en mai ? Zéro. Combien de tout le printemps, de tout l'été ? Zéro. Zéro souveraineté. Nous devons attendre les doses, les doses qui ne viennent pas, que Pfizer ou Moderna veulent bien nous livrer et sans même réclamer pour les Français la levée des brevets à l'OMC.

Alors, comme la digue ne tient plus, comme la digue devient une passoire, que faire ? Fermer le robinet, le robinet des libertés. Voilà votre variable d'ajustement et toujours, toujours au nom des soignants. Mais ça ne prend plus.

"Soigner les malades, pas juger les vivants"

Laura, médecin en service Covid nous écrit : "Je ne veux plus servir de caution, ne nous habituons pas à vivre comme ça. Notre rôle est de soigner les malades, pas de juger les vivants. Notre rôle est de sauver des vies, pas de dicter la vie."

Florian, urgentiste lui aussi : "Nous ne voulons pas que les plages soient interdites. Nous voulons des soignants. Nous ne voulons pas d'une dictature sanitaire. Nous voulons retrouver une protection sociale démocratique."

Fady, réanimateur : "Le corps social n'a jamais demandé de telles privations de liberté. Le gouvernement utilise la saturation des hôpitaux pour justifier des mesures liberticides et infondées."

"Au nom des soignants, je n'obéirai plus"

Comme Laura, comme Florian, comme Fady, comme ces soignants, votre discours, je ne l'accepte plus. Comme des millions de Français qui se faufilent dans les rues, qui se retrouvent en cachette, je n'obéirai plus. Je ne reconnais plus votre autorité.

Au nom de la vie vous devenez mortifère. Vous portez la tristesse et la dépression. Nous n'allons plus attendre. Nous n'allons plus attendre votre permission. Nous n'allons plus attendre pour vivre et pour rire, pour danser, pour chanter. Même masqués, oui, masqués.

En un alexandrin avec césure à l'hémicycle, vous psalmodiez depuis lundi : "Dedans avec les miens, dehors en citoyen." Comptez sur nous. On vous le promet, ce printemps nous serons dehors en citoyens.

"Nous n'augmenterons pas les lits car s'il y a plus de lits, il y aura plus de malades."D'abord le déni, ensuite la panique, l'entêtement, puis les effets d'aubaines. Barbara Stiegler décrypte les premiers mois de la gestion sanitaire par le pouvoir...

Les cinq stades du Macronisme

Ce que je décris n'est absolument pas le sujet d'un grand complot, c'est au contraire un pouvoir qui d'abord est dans le déni. Qui ne veut pas de ce virus. Ca ne l'arrange absolument pas. Ce virus vient l'embêter au plus haut point puisqu'il impliquerait de fermer les frontières. Enfin, le cauchemar de n'importe quel néolibéral comme Macron. C'est le déni absolu. Rien n'a été prévu de cette sorte.

Ensuite, quand il commence à entrevoir quelque chose, c'est la panique et comme c'est la panique c'est des décisions extrêmement brutales qui sont prises d'une heure à l'autre. Très probablement, il a changé d'avis en deux jours ou en quatre heures, puisqu'il va au théâtre ostensiblement en disant : "Nous ne changerons rien." Tout ça s'est joué en peut-être quelques nuits d'insomnie, on n'en sait rien, mais c'est allé extrêmement vite. C'est tout sauf une stratégie. S'ensuit une grande panique, une grande peur.

Et puis ensuite, c'est un entêtement, un entêtement dans les mêmes schémas, c'est-à dire : bon, maintenant, j'ai un virus, une pandémie, quelque chose de très grave. Je vais garder les mêmes manières de penser et essayer de les transposer. Et c'est ça qu'il n'a pas cessé de faire.

Exemple : il faut supprimer des lits. On continue à supprimer des lits. Si quelqu'un le dit comme le directeur de l'ARS du Grand Est, on le limoge. Mais le but c'est évidemment de continuer cette politique de restriction.

Et comme le dit Jean Castex, je trouve ça tellement drôle : "Non, nous n'augmenterons pas les lits, car si nous augmentons les lits, il y aura plus de malades." Je trouve ça très drôle. Depuis, je n'arrête pas de faire des blagues du genre : "Je ne vais pas faire des courses pour mes enfants, sinon ils auront faim." C'est tellement incroyable. Ça dit à quel point leur vision du monde est la même avant et après. On s'entête, on s'entête.

Et effectivement, j'en viens à l'occasion qui fait le larron. Dans cet entêtement, par moment, on trouve des effets d'aubaine. On ne sait pas vers quoi ça nous mène, mais on les prend.

Par exemple, la transition numérique, c'est leur obsession parmi d'autres depuis qu'ils sont arrivés au pouvoir, l'idée c'est d'imposer la transition numérique partout. Ca s'appelle le virage d'une certaine vision, d'un virage numérique complètement préformaté et conduit de telle sorte qu'il standardise les pratiques, qu'il réduise énormément les coûts, qu'il atomise les individus, etc. C'est un certain usage du numérique qui, à mes yeux, est totalement délétère et qui est imposé partout dans les administrations, dans l'éducation, etc.

Et là évidemment, le virus a été l'occasion de déployer cela. Mais ça n'a rien à voir avec un complot. Ça n'a rien à voir avec un complot parce qu'il n'y a pas de sujet omniscient qui mènerait, qui nous mènerait telles des marionnettes d'en haut. Ça, c'est un fantasme infantile.

Monsieur Richard Ferrand, Monsieur le Président,

Hier, lors des séances des questions au gouvernement, vous vous êtes permis un commentaire à mon égard : « Vous organisez le spectacle, vous voulez faire remarquer vos rares présences. »

Ces propos sont infondés, pour ne pas dire mensongers. Rien que sur les douze derniers mois, j’ai fait 669 interventions en hémicycle, proposé 327 amendements, produit 2 rapports, rédigé 7 propositions de loi. Parmi les députés de votre groupe, qui fait mieux ?

Richard Ferrand

Cette semaine, seulement : j’ai posé une question au gouvernement hier, sur les vaccins donc. Je siège ce matin en commission des affaires culturelles sur la PPL Enfants malades (où je défendrai des amendements que mon équipe a déposés), je serai en hémicycle cette après-midi sur la PPL Démocratisation du sport (où je défendrai des amendements que mon équipe a déposés) et demain, à nouveau en hémicycle sur la PPL Assistantes maternelles (où je défendrai des amendements que mon équipe a déposés).

Richard Ferrand fait-il mieux ?

Monsieur le Président, je vous mets au défi : trouvez-moi une semaine de votre agenda où vous êtes intervenu, où vous avez déposé des amendements sur autant de textes.

Je vous mets au défi : trouvez un parlementaire de votre groupe LREM qui en fera autant cette semaine.

Votre rôle de président n’est pas de sermonner l'opposition. Il est de vous assurer que le ministre réponde bien aux questions des parlementaires. Aussi, je la repose ici : sur la levée des brevets sur les vaccins, quelle position a défendue la France à l'Organisation Mondiale du Commerce ?

La Somme figure parmi les vingt départements sur la sellette, cités jeudi dernier par le Premier ministre. Aussi, la préfète sonde les élus locaux sur « une mesure de confinement adapté qui pourrait s’inspirer de celle mise en œuvre dans les Alpes-Maritimes. »

J’éprouve une évidente solidarité avec les soignants. Je compatis avec les malades, leur souhaite de recouvrer la pleine santé. J’adresse tous mes vœux de courage, à travers l’épreuve du deuil, aux familles des personnes décédées. Ce virus n’est pas une blague, pas un fantasme, j’ai pu le mesurer dans mon entourage.
Et pourtant, je vais dire « non ».
« Non », au nom même des soignants, des malades, des familles.
Voici les raisons de mon opposition.

Confinement, couvre-feu : le « robinet » des libertés

Lorsque le Covid-19 est apparu, l’an dernier, nous étions pris par surprise, et le confinement total fut largement accepté. De mon côté, dans les médias ou en préfecture, je n’ai protesté que sur des modalités, qui me paraissaient de bon sens, pour rétablir de l’humanité : ouverture des parcs, promenades en forêt, ventes sur les marchés, enterrements décents…

Douze mois plus tard, nous en sommes toujours au point de départ. Et après le re-confinement de l’automne, le couvre-feu à 18 h (qui dure depuis plus de quatre mois !), la restriction des libertés semble, pour le gouvernement, la seule option. Le député en Marche, et médecin, Jean-Pierre Pont, rapporteur du projet « Etat d’urgence », l’a d’ailleurs énoncé à la tribune : « Le confinement, c’est comme un robinet : si on le ferme à fond, c’est très efficace, mais dangereux sur le plan économique. Si, au contraire, on l’ouvre à fond, on court le risque d’un raz-de-marée du virus. Il s’agit alors, et ce n’est pas si simple, de trouver la juste mesure… »

C’est une mauvaise habitude qui est prise, qui s’installe, de comparer nos libertés à un robinet, d’en faire une variable d’ajustement. Et qui a des conséquences sur la santé elle-même : un tiers des Français se considèrent aujourd’hui « en dépression », 50% des jeunes se disent « inquiets pour leur santé mentale », 30 % des étudiants ont des « idées suicidaires ».

Ne pas relever la « digue »

« Notre objectif n’est pas d’avoir un nombre de réas extensible à l’infini. » C’est Olivier Véran, le ministre de la Santé, qui déclarait cela le quinze octobre, assurant au passage : « La digue tiendra. » Et un mois plus tard, c’est le Premier ministre qui récidivait, et mentait : « Les soignants ne demandent pas d’augmenter le nombre de lits à l’hôpital, mais ils veulent surtout éviter que les malades arrivent à l’hôpital. » Alors que les soignants, depuis des mois, et même des années, alors que le Collectif Inter-Hôpitaux dans tous leurs communiqués le réclamaient : des lits, bien sûr. Et d’ailleurs, à Amiens, tous les médecins de réanimations sont en grève, un mouvement national, illimité, pour quoi ? Pour exiger des lits.

Depuis un an, c’est une évidence : le gouvernement n’a pas fait de son mieux pour « relever la digue ». Au contraire : il n’a pas voulu la relever. Malgré la crise, malgré le coût exorbitant de cette crise, il a continué à regarder les dépenses de santé, et en particulier de l’hôpital, comme un coût, et non comme un investissement.

Il en est de même pour le personnel : où a-t-on entendu un appel, solennel, du président de la République aux infirmiers, aux infirmières, qui ont quitté l’hôpital, qui ont abandonné le métier ? Un « nous avons besoin de vous » ? Jamais. Ce devrait, pourtant, la priorité, l’obsession de nos dirigeants : recruter, recruter, recruter.

Du tout vaccin au sans vaccin

Comme une éclaircie, les vaccins nous furent, à l’entrée de l’hiver, présentés comme l’arme fatale contre l’épidémie. Président et ministres se lancèrent dans une campagne contre l’ « obscurantisme », contre le « complotisme », admonestant ces Français rétrogrades, « au pays de Pasteur »… plutôt que de gérer l’intendance, plutôt que d’acquérir et produire lesdits vaccins.

Je me suis rendu, presque chaque semaine, à des comités vaccinaux à la préfecture d’Amiens, avec ce principe simple : « Que les personnes qui veulent se faire vacciner le puissent, et qu’on n’embête pas les autres. » Mais faute de doses, ces réunions perdirent leur utilité.
Le gouvernement a-t-il fait, fait-il encore, au présent, de son mieux pour que nous ayons des vaccins ? La réponse est non : absolument pas.

Que se passe-t-il ? Nous sommes dépendants des laboratoires Pfizer, Moderna, Johnson, etc., pour qui les Européens ne sont pas la priorité, les Français encore moins, et sans parler des pays du Sud… Nous avons à notre disposition une arme légale : « la licence d’office ». Et d’ailleurs, l’an dernier, à la fois l’Union européenne, le président Macron et l’Assemblée nationale (à l’unanimité) demandaient que ces vaccins soient reconnus comme un « bien public mondial ». Mais finalement, à la place d’agir, on attend. On attend que les firmes anglo-saxonnes veuillent bien nous fournir.

A voir en vidéo : Pourquoi la France n’a pas son vaccin ? Le scandale Sanofi-Macronie

En janvier, Sanofi annonçait une concession : « A partir de juillet, des doses de Pfizer seraient flaconnées sur une ligne de production à Francfort. » Trois informations, et trois scandales : pourquoi seulement en juillet ? Pourquoi seulement flaconnées ? Pourquoi seulement en Allemagne ? Mais à la place de hurler, les ministres, eux, complices, se réjouissaient. Et la semaine dernière encore, ce vendredi 26 février, Agnès Panier-Ruhnacher se félicitait : « A partir de septembre, 27 millions de doses seront produites par Sanofi… » Septembre ? De qui se moque-t-on ?

Cette passivité est inacceptable. Le président a proclamé : « Nous sommes en guerre », mais dans cette bataille, plutôt que de produire cette « arme » au plus vite, plutôt que de mettre en place une industrie de guerre, nous nous plions au calendrier de Big Pharma. Et nos dirigeants préfèrent fermer, dans la durée, bars, hôtels, théâtres, cinémas, restaurants, nous faire vivre une demi-vie confinée, que d’empiéter sur les intérêts des géants de la santé.

Zéro imagination

« Des équipes d’arpentage épidémiologiques », « le test des eaux usées », « le port de masques FFP2 dans les lieux clos », « des hottes de ventilation dans les lieux de restauration collective… » Plus de 600 scientifiques ont réclamé une « stratégie zéro Covid », proposant des pistes d’actions. Ces solutions sont-elles fiables, viables ? Comme simple député, bien sûr, je l’ignore. En revanche, je peux affirmer qu’elles ne sont nulle part discutées, ni à l’Assemblée nationale, ni dans le comité de mon département, ni dans l’entourage du président.

Et j’approuve la suite de leur texte : « Les moyens d’action proposés par les chercheurs de différentes disciplines ont été réduits à un unique curseur réglant le niveau de privation de liberté par le confinement. L’autocontrôle par les autorisations de déplacement dérogatoire et l’inutile couvre-feu de 18 heures nous valent d’être la risée de nos voisins, qui titraient dès novembre sur «l’Absurdistan autoritaire». «Et inefficace», faut-il ajouter aujourd’hui. Alors que de nouvelles souches ont fait leur apparition, plus contagieuses et plus résistantes à l’immunisation, il est temps que l’action publique s’appuie enfin sur le débat démocratique et sur des propositions rationnelles préalablement soumises au travail de controverse scientifique. »

Pour lutter contre l’épidémie, ministres et président n’innovent plus, n’inventent plus rien, ne s’appuient aucunement sur les recherches, sur l’intelligence collective. Ils se contentent du « robinet des libertés ». Il nous faut de l’imagination au pouvoir.

La démocratie à l’arrêt

Mais ces « pistes », où pourrions-nous en discuter ? Nulle part.

Depuis un an, les pouvoirs sont plus concentrés que jamais, détenus entre les mains d’un seul homme, entouré de son occulte « Conseil de Défense ». Au nom de l’ « Etat d’urgence », aucun débat ne se déroule à l’Assemblée – dont le président aurait pourtant peu à craindre. Sans parler d’une « Convention citoyenne sur le coronavirus », rassemblant soignants, étudiants, commerçants, etc., et bien sûr scientifiques. L’urgence, l’urgence permanente, l’urgence proclamée, justifie qu’on ne discute plus, qu’on ne décide plus ensemble.  « Le Président réfléchit », lit-on dans la presse, et il réfléchit seul, il réfléchit derrière des portes closes, il réfléchit aux « mesures complémentaires » pour les 66 millions de Français, infantilisés. A lui seul, il tranche entre les « commerces essentiels » et les autres activités, secondaires. A lui seul, il accorde un jour par semaine de « présentiel » aux étudiants. A lui seul, il nous fait grâce d’un nouveau confinement national…

A lire : "Vous mettez en sommeil la démocratie !"

Comme citoyen, je suis blessé, heurté, de cette gestion solitaire, autoritaire. Mais encore, cette tyrannie se révèlerait-elle efficace ! Nullement. Il n’y a plus d’idées au sommet. Et c’est une tragédie, dans un si grand pays que la France, fait de tant d’intelligences, c’est une tragédie d’être privé de ce savoir, de cette invention, et que tout soit réduit à Un, aussi brillant que soit notre Excellent Souverain.

Le travail sacré

« Pour nous, la partie la plus importante, ce sont les lieux de travail parce que c'est là qu'on sait qu'il y a de la contamination qui reste assez importante… » C’est l’épidémiologiste Vittoria Colizza, de l’Inserm, qui s’exprimait ainsi sur France Inter. Et elle passa à autre chose, à la fermeture des écoles, au confinement le week-end, etc. Ses interviewers, Léa Salamé et Nicolas Demorand, ne relevèrent pas davantage. Comme s’il était désormais admis, communément admis, que les « lieux de travail », même si la « contamination » y demeure « assez importante », on n’y toucherait pas. La culture, on peut la fermer durant une année. Les restaurants, les bars, les endroits de convivialité, idem. Les gymnases, les salles de sport, les clubs de foot et d’à peu près tout, sans problème. Les écoles, à la rigueur, pendant quelques semaines. On peut ordonner aux Français de rentrer chez eux à 18 h, avant la nuit tombée, aussitôt après le travail. On peut exiger qu’ils se confinent, sans voir leurs amis, leurs parents, sans sortir, le samedi et le dimanche, les jours de loisirs. En revanche, « produire » et « consommer » sont essentiels. Le reste, manifestement, notre vie sociale, l’est moins.

A voir en vidéo : Je vous raconte ma rencontre avec Roselyne Bachelot

Le premier confinement, bien que  violent, fut bien toléré, parce que - à mon avis - ressenti comme exceptionnel : il aurait un début et une fin. Mais aussi comme (plutôt) égalitaire : toutes les activités en pâtissaient. Désormais, alors que – comme l’indique le ministre Bruno Le Maire – « 97% de notre économie tourne normalement », il faudrait sacrifier pour longtemps les 3% restants et tout ce qui, dans nos existences, n’est pas de l’économie.

C’est un tri que je refuse.

Aucune stratégie

Re-confiner le week-end, mais pour quoi faire ? Juste pour passer un mauvais moment, en attendant le suivant ? Dans une politique de pas en avant, trois pas en arrière ? Et le couvre-feu, jusque quand ? Quand les salles de cinéma rouvriront-elles ? Quand pour Thierry son restaurant ? Quand mon fils pourra-t-il reprendre son sport, le handball, arrêté depuis presque un an ? Quand ma fille ses cours de guitare autrement que par Zoom ? Quand va-t-on reprendre, avec les copains, nos foots au parc Saint-Pierre ?

En vidéo : "Telle la cigale vous avez chanté tout l'été et soudain... confinement !"

Le gouvernement ne nous offre plus d’horizon. C’est au jour le jour, à la petite semaine, au coup par coup, sans stratégie : la vaccin est-il toujours l’arme fatale ? Si oui, quand les 20% de plus de 65 ans, 15 millions environ, seront-ils vaccinés ? A ce seuil, une vie à peu près normale pourra-t-elle reprendre ? Pourquoi murmurer, alors, que l’an prochain, pour la campagne présidentielle, il sera impossible de tenir des meetings, de remplir des Zénith ?

Il n’y a plus aucun cap, aucune cohérence, aucune vue d’ensemble, aucun moyen terme. Ou alors s’agit-il d’une stratégie, non dite, tacite : maintenir un Covid à feu doux, qui les arrange. Qui leur permet l’avènement d’un « libéralisme autoritaire » : la liberté pour les entreprises, l’autorité pour les citoyens. Un Etat fauve avec les uns, carpette avec les autres.

Quoi qu’il en soit : pour toutes ces raisons, et bien d’autres, nous devons désormais dire « non » à cette gestion, « non » à un confinement le week-end, « non » à nos libertés comme variable d’ajustement, « non » à une démocratie mise à l’arrêt, « non » à un pouvoir autoritaire et solitaire, « non » à des mesures décidées dans un bureau de l’Elysée, « non » à l’absence d’horizon, « non » à tant de constance dans l’incompétence.

Pas un « non » de légèreté, d’irresponsabilité, d’inconscience face au virus. Mais un « non » démocratique, de « revoyez votre copie, et revenez avec des solutions mieux discutées, mieux justifiées », un « non » d’intelligence collective et de solidarité pour sortir de la crise, durablement.

https://www.youtube.com/watch?v=Wma9gLCajYc

Depuis le printemps, j’ai l’impression de jouer à « Jacques a dit », ou plutôt « Manu a dit ».
Le mercredi, Manu a dit : « Sortez, allez au théâtre ».
Le lendemain, Manu a dit : « On ferme les écoles ».
Puis Manu a dit : « Restez chez vous. »
Manu a aussi dit : « Pas de maques ».
Et après, Manu a dit : « Masques obligatoires ».
Manu a dit : « Sortez de chez vous. »
Cet été, Manu a dit : « Pouce ! Faites-nous confiance, on gère tout. »
Et le même jeu a repris cet automne.
Manu a dit : « Couvre-feu ».
Manu a dit : « On ferme les commerces. »
Manu a dit : « Re-confinement. »
Manu a dit : « Un kilomètre. »
Et maintenant, Manu nous dit « 25 kilomètres ».
Manu nous dit : « On rouvre les commerces. »
Manu nous dit : « Doucement, la vie reprend. »
Alors, on va jouer à « Manu a dit » jusque quand ? Jusqu’au prochain printemps ? Encore un an ?

A voir également :
« Telle la cigale vous avez chanté tout l’été, et soudain… confinement ! »

Les Français ne sont pas des enfants.
Nous sommes une République.
Nous sommes une démocratie.
Nous sommes des citoyens, des citoyens éclairés, des citoyens éduqués, et tous ces choix, pour notre santé, pour notre liberté, nous devons y être associés, même par temps de crise sanitaire, et je dirais même surtout par temps de crise sanitaire. Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique réclame depuis avril – je le cite - une « inclusion et participation de la société à la réponse au Covid-19 ». Le président de France Asso Santé s’exaspère : « Nous n’avons été associés ni au comité d’experts ni à la décision de confiner. » Et Chantal Jouanno qui préside la Commission débat public avertit « même en situation d’urgence, il y a moyen de faire participer les citoyens, surtout lorsque les décisions prises touchent aussi intimement à leurs libertés. » « Intimement », oui.

Car quand, quand, dans notre histoire, quand, je dirais même, quand dans l’histoire de l’Humanité, quand a-t-on interdit à des enfants de voir leurs parents, à des parents de voir leurs enfants ? De voir leurs cousins cousines, leurs oncles et tantes, leurs grands-parents ? Quand a-t-on rompu, à l’échelle de toute une nation, ce lien familial, ce lien charnel, le plus intime des liens ? Quand ? Jamais, il me semble.

Et là, un homme seul, là-haut, un homme seul, sans consulter, sans concerter, un homme seul, du jour au lendemain, un homme seul peut interdire à des enfants de voir leurs parents, à des parents de voir leurs enfants. Et le pire, peut-être, le faire comme une banalité, comme un ça va de soi, sans même énoncer une seule fois : « Parents, vous ne verrez plus vos enfants, enfants, vous ne verrez plus vos parents. » Une décision qu’Emmanuel Macron a prise au printemps, dans l’urgence. Une décision qu’Emmanuel Macron a prise, à nouveau, à l’automne, déjà comme une habitude, presque.

A voir également :
Vous mettez en sommeil la démocratie !

Ce mardi, donc, enfin, Manu a dit : « Vaccinez-vous. » Sauf que, cette fois, Manu s’étonne. Les Français sont méfiants. Hum hum. Alors, face à ce défi, le président a nommé une « Task Force Covid » – car nous ne sommes pas en guerre, « we are in war » et à la tête, donc, de cette « Task Force », Louis-Charles Viossat. Je ne connais pas. J’ai tapé son nom sur Google, et je vous propose de mener l’expérience avec moi. Prenez votre téléphone portable. Tapez « Louis-Charles Viossat LinkedIn ». Vous descendez sur la page. Que découvrez-vous ? « Government Affairs Senior Director, Western Europe & Canada/ EU », Abbott. Pour les non-bilingues : Chef des lobbyistes, dans un géant de l’industrie pharmaceutique Abbott. Là-bas, durant cinq années, il a – je cite – il a « lobbied ex-US governments », il était dans des « key national and international professional associations ».

Voilà donc, en toute transparence, en toute indépendance, qui est nommé Monsieur Vaccin : un énarque qui a pantouflé et rétro-pantouflé, un petit soldat de Big Pharma, ou plutôt un grand général des labos américains. Et c’est lui, donc, qui sera en charge, en France, de « dealer » avec Pfizer, AstroZeneca et autres Moderna…

Ca vous choque ou pas ? Plus rien ne vous choque. Ca vous paraît de nature à rétablir la confiance ? Mais comment en être surpris ? Où se réunissait le lobby des lobbies de la pharmacie, le Dolder, qui rassemble les quarante plus gros labos au monde. Où se tenait sa réunion annuelle le lundi 9 juillet 2018 ? A l’Elysée ! Oui, directement à l’Elysée ! Et tous les PDG dînaient avec le président… Sans rappeler, ici, les liens étroits, renouvelés, entre la Macronie et Sanofi.

A voir également :
Sanofi fusionne avec la Macronie !

Alors, alors, alors, le président a sorti un lapin de son chapeau mardi soir : « un collectif citoyen pour associer la population ». Après les Gilets jaunes, il avait lancé le Grand débat. Pour mieux se voir si beau dans ce miroir. Après Youth for Climate, il a inventé – car il est inventif, je ne lui retire pas ça – il a inventé la Convention citoyenne sur le climat. Pour mieux s’asseoir, aujourd’hui, sur ses 149 propositions. Et maintenant, voilà ce « collectif citoyen », ce machin, ce bidule, qui devra trouver son strapontin entre la Task Force, le Conseil scientifique et le Comité vaccin.

D’urgence, il nous faut en finir avec le « Manu a dit ».
D’urgence, il nous faut établir une véritable démocratie sanitaire.

Vous choisissez aujourd’hui de faire un chèque en blanc au Président, vous mettez en sommeil la démocratie. Vous lui remettez les pleins pouvoirs sur les deux choses essentielles aux Français : sur la santé et sur les libertés. Et en plus vous faites ça tranquille, pépères, manière un peu désinvolte un samedi après-midi en regardant les tablettes. Comme une formalité sans vote solennelle.

Sans le Premier ministre, sans le ministre de la Justice, sans le ministre du Travail, sans le ministre de la Santé. Avec un rapporteur, avec une ministère déléguée chargée de l’Autonomie mais qui on dirait ne cherchent même pas à convaincre. Qui ne répondent pas sur la mise entre parenthèse de l’État de droit.

Car on est bien là-dessus : on est sur la mise entre parenthèse de l’État de droit. On n’est pas là ce soir sur le fond des mesures. On n’est pas sur le couvre-feu, on n’est pas sur le confinement, on n’est pas sur la fermeture des bars, on n’est pas sur la fermeture des restaurants, ça n’est pas ça qui est discuté. C’est est-ce qu’on doit continuer à mettre entre parenthèse notre État de droit.

On vous alerte ici, à gauche, chez les Communistes, les Socialistes, les Insoumis. On vous alerte en face, à droite, avec les Républicains. Les Indépendants de l’UDI vous alertent. Liberté et Territoires vous alertent. On vous alerte dehors quand le Président de la Commission nationale des droits de l’Homme vous dit : « En temps de paix la République n’a jamais connue une telle restriction des libertés. » Quand le président du Conseil scientifique lui-même et cinq de ses collègues réclament une accroche moins verticale, moins technocratique, plus ouverte, plus inclusive.

En signant ce chèque, ce chèque en blanc, vous ne rendez pas service au gouvernement. Vous ne rendez pas service au président de la République qui, quelque part, se trouve encouragé à poursuivre dans la solitude du pouvoir, dans la surdité, dans le non-dialogue avec l’Assemblée et plus largement dans le non-dialogue avec la société.

Qu’est-ce qu’il risque de se produire ? Vous avez géré la crise des gilets jaunes par des mesures policières. Vous gérez la crise du Covid par des mesures policières. Ce qu’il risque de se produire c’est une rupture, une cassure dans le pays. Et je le dis sur un thème comme celui de la santé je ne le souhaite pas. Je souhaiterais qu’il y ait une homogénéité du corps social grosso modo dans l’acceptation des mesures.

La manière dont vous mettez ça en œuvre, ça ne le rend pas possible. Ca n’est pas possible de décider seul de dévoiler puisque j’entendais ça à propos du Premier ministre qui doit dévoiler des mesures comme on fait un tomber un linge devant une statue d’un seul instant, brutalement, soudainement, des choses qu’on ignorait l’instant d’avant. Ca ne peut pas marcher dans la durée comme ça.

« Le mot non, disait Malraux, fermement opposé à la force possède une puissance mystérieuse qui provient du fond des siècles. Toutes les plus hautes figures spirituelles ont dit non à César. L’esclave dit toujours oui. » Ce soir, oui, je dis non. Nous disons non. Nous disons non au fait de mettre entre parenthèse dans la durée notre démocratie. La mettre en sommeil. D’autant que c’est nuisible à la santé elle-même.

Quand bien même, combien nous serions plus forts, plus intelligents, si vous procédiez à une émulation collective de la société.

Si vous vous appuyiez sur toutes les ressources qui peuvent exister, de chercheurs, d’auteurs, de politiques, d’universitaires, si vous mettiez la société en branle pour savoir quelles mesures il faut prendre, comment on fait pour rouvrir de nouveaux lits, comment on fait pour produire des masques, comment on fait pour avoir des infirmières, ces centaines de milliers d’infirmières qui au cours des dernières années ont abandonné l’hôpital, formées pendant trois ans, et l’abandonnant souvent au bout de six ans, des centaines de milliers d’infirmiers et d’infirmières qui auraient été disponibles si vous aviez lancé un appel pour venir dans les hôpitaux, pour être prêt cet automne.

Mais en fonctionnant seul là-haut, vous ratez ça. Vous ratez de vous appuyer sur toute l’énergie du pays.

crossmenu