C’est aux parents et aux grands-parents que je m’adresse, c’est à vous, pour vos enfants, pour vos petits-enfants, que je lance un appel. Et j’irai droit à l’essentiel.

Dans l’épreuve que traverse notre nation, vous avez une dette envers la jeunesse.
Depuis l’an dernier, pourquoi les jeunes sont-ils confinés ? Pourquoi a-t-on fermé leurs universités ? Pourquoi leur a-t-on imposé enfermement et couvre-feu ? Pour vous protéger, vous, leurs ainés, les plus âgés, et ce sacrifice, les jeunes l’ont largement accepté.

Mais c’est un sacrifice.
D’après Santé Publique France, un jeune sur trois est en dépression, la moitié se disent inquiets pour leur santé mentale, 20 % ont des idées suicidaires.

Et comment sont-ils remerciés ? Comment les récompense-t-on pour leur civisme, pour leur altruisme ? En leur imposant une double peine : c’est eux, qui vont payer, qui paient déjà, la crise sociale.

Le retour des soupes populaires

Les images ont frappé, glacé : ces files de jeunes gens, des queues infinies, des centaines de mètres, pour aller quérir un colis alimentaire, le soir, dans la rue ou dans un gymnase, à l’occasion d’une distribution caritative…

Qui n’est pas stupéfait par cette vision ? Qui ne retrouve pas, comme en un écho visuel, le souvenir de ces clichés en noir et blanc aperçus dans les manuels d’histoire, au chapitre de la grande dépression, prises aux Etats-Unis lors des soupes populaires ?

Mais il ne s’agit pas des années 30, là, ni de la lointaine Amérique. Il s’agit de notre pays, aujourd’hui, au XXIe siècle, et c’est l’avenir de notre Nation qui est réduit à la mendicité.

Comment y répond-on ?

La générosité comme palliatif

L’Etat se met à la bienfaisance, avec des aumônes : 150 € en juin, 200 € en octobre. Et partout, pour les jeunes, ce sont des appels à dons, des cagnottes sur Leetchi, des collectes dans les supermarchés, des caddys remplis de raviolis, de conserves, de sachets de purée. Chacun y va de sa bonne action.

Moi-même j’y participe, à Amiens, avec le restaurateur Thierry Martin et ses copains, qui préparent des repas quotidiens, avec ma permanence de député submergée, de la cave à l’entrée, jusqu’au canapé, par les cartons de tampons hygiéniques, gels douches, tubes de dentifrice… C’est formidable, non, cette générosité ?

Eh bien non. C’est lamentable, cette générosité.

Car à qui accorde-t-on notre charité ? Ce n’est plus à des continents lointains, après une famine, un tremblement de terre, un tsunami. Ce n’est même plus aux pauvres de chez nous, aux découragés, aux relégués de l’emploi. Non, c’est à nos étudiants, à nos jeunes, et il faudrait s’applaudir, applaudir ce scandale ?

Ce rapport, je l’ai mené en reporter, avec les ministères, certes. Mais surtout, d’un Foyer de jeunes travailleurs à une résidence universitaire, d’une Maison familiale rurale à une Mission locale, des sortants de l’Aide sociale à l’enfance au Mouvement des jeunes chrétiens…

"La peur de ne pas y arriver"

Avec, partout, des témoignages vibrants.

Des témoignages sur la peur, je cite, « la peur de ne pas y arriver, de ne pas payer son loyer, la peur de ne plus avoir, la peur de ne pas manger, la peur de l’été qui arrive, de la bourse qui ne sera plus versée. »

Des témoignages sur la faim : « Je ne mange qu'un repas par jour, soit le matin, soit le soir. Je suis allée deux fois aux Restos du Cœur, mais comme il y avait une queue monstre, là-bas je suis partie... »

Des témoignages de découragement, surtout, ce désarroi qui saisit Laurelyne : « La seule solution, c’est de faire des gosses. Ma sœur, elle a 19 ans, elle vient de faire un gosse. Je lui ai dit, ‘c’est bon, maintenant t’auras droit aux allocs…’ »

Des témoignages sur un rétrécissement, sur des existences qui se rétractent, recroquevillées sur la pauvreté : « Je ne suis jamais parti en vacances de ma vie, rapporte Rachid. C’est un exemple bête, mais je ne connais rien à part mon quartier, rien du tout. Ma vie, c'est quoi? Je me réveille le matin, je sors, je passe la journée dehors, je rentre. Je n’avance pas. Et ça c'est triste. »

J’en ai des kilomètres de témoignages. Mais à la place, je vous propose un symbole, juste un. Cette petite boite. C’est Maxime qui me l’a remise.

Un Etat qui bricole

Lui étudie en Master de psychologie à l’Université de Picardie. Ses parents ne peuvent pas l’aider, « zéro, zéro », me dit-il, sauf à l’occasion un sac de courses. Il perçoit 100 € de bourse, 150 € d’APL, voilà qui ne couvre pas son loyer. Cette année, il effectue son stage, obligatoire, dans un centre de pédopsychiatrie, du lundi au vendredi, parfois le samedi. Ce stage est non-rémunéré. Et impossible, à côté, d’occuper un petit boulot.

Il n’y a pas de beurre dans les épinards. Il n’y a ni beurre ni épinard : « Depuis que je suis à la fac, je ne mange plus de viande, plus de poissons, plus de légumes frais. C'est mieux de prendre des paquets de pâtes au Leclerc. » Son logement engloutit tout le budget. Le cinéma, le théâtre, les concerts, il ne connaît pas. Lui qui brillait au saut en longueur, il a arrêté le sport : sa licence d’athlétisme lui coûtait trop cher.

« Mais le pire, me confie-t-il, le pire, c’est la santé. Je suis malentendant. J'ai mes appareils auditifs ici. Mais ça a un coût. C'est 100 € par mois d'entretien, et je ne peux plus les mettre. Avant, c'était à demi-remboursé. Maintenant, ce n'est plus du tout remboursé par la Sécu. Ils estiment que mon handicap n'est pas assez grand. Du coup, je ne les porte plus.

Et en plus, avec les masques, moi qui avais l’habitude de lire sur les lèvres, je ne peux plus. Donc mon handicap, que je masquais, je suis maintenant obligé de l’avouer. Je demande aux gens de répéter, même à la caissière du supermarché, l’autre fois. Je vois des soupirs. Je surprends des « il est sourd, celui-là », eh bien oui. En stage, là, c’est infernal, je leur fais répéter tout le temps. »

Le choix de l'Etat : maltraiter la jeunesse

Ce cas, nous l’avons présenté à Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat à la jeunesse : comment Maxime peut-il s’en sortir ? « Maxime, moi j'ai deux conseils à  lui donner, nous a-t-elle répondu. D’un côté, c’est de demander le fonds d'urgence auprès du Crous. Donc, ça ferait le versement de 100 euros par mois en plus. Et de l'autre côté, parce qu’il fait des études hyper-utiles, humainement et socialement, il pourrait aujourd'hui, Maxime, faire une mission de service civique. C'est 680 euros par mois sur les douze prochains mois. »

Je suis retourné vers Maxime, avec ces suggestions ministérielles : « L’aide exceptionnelle, je l’ai demandée et obtenue… mais c'est 100 € par an, et non par mois ! Autrement dit, une aumône. Et pour le service civique, il faudrait donc que je mène ça en parallèle de mon stage, de mes études. J’ai déjà fait plusieurs demandes, toutes refusées : les administrations, ou les associations, qui pourraient me recruter, quand je les contacte, elles privilégient les jeunes avec plus de temps libre, et je les comprends.

Mais quand même, tient-il à ajouter : la ministre me paraît à côté de la plaque. Elle ne connaît pas la réalité. Elle croit ses dispositifs magiques, universels… »

La secrétaire d’Etat bricole, avec des bouts de service civique par-ci et de contrat par-là.
Le gouvernement bricole depuis un an.
L’Etat bricole depuis trente ans.
Et c’est un choix, c’est un choix politique, d’être à côté de la plaque.
C’est le choix de faire souffrir notre jeunesse, c’est le choix de maltraiter la jeunesse dans la durée.

L'aveu de Macron

Quand, dans L’Opinion, la semaine dernière, Emmanuel Macron fait paraître une tribune, quand il écrit : « Nous travaillons pour qu’en avril 2025, puisse paraître une Une sur notre jeunesse qui aurait tourné la page », ça se veut de l’empathie, ça se veut une espérance, mais c’est tout l’inverse : c’est un aveu ! quatre ans ! Quatre ans ! Les jeunes devront attendre quatre ans, en suer durant jusque 2025, pour « tourner la page » !

Quand l’Etat veut, pourtant, l’Etat peut. Dès le premier confinement, dès le premier jour, l’an dernier, pour les entreprises, pour toutes les entreprises du pays, pour leurs salariés, l’Etat a dressé un filet de sécurité. Avec deux mesures, deux mesures d’ampleur, deux mesures simples, sans critère et sans condition, qui valaient pour la PME du coin comme pour la multinationale : le chômage partiel et le prêt garanti. Un vaste filet de sécurité, et je ne le conteste pas ici.

Mais pour les jeunes, rien. Rien pendant un an. Rien sauf des aumônes. Et quand le scandale est devenu trop criant, trop évident, l’Etat a bidouillé des « dispositifs », des « dispositifs » avec des critères et des conditions, cette fois, des « dispositifs » avec des trous partout, des « dispositifs » même pas financés, sans enveloppe, des « dispositifs » bidons. Mais tout, pour les jeunes, tout, sauf un vaste filet de sécurité.

Un filet de sécurité sociale pour les jeunes

C’est ce filet de sécurité que je viens réclamer ici. Le minimum du minimum. Avec une idée guère originale, plus que banale, mais de bon sens, une évidence : dans notre pays, la majorité politique est à dix-huit ans : un Français peut voter. Dans notre pays, la majorité pénale est à dix-huit ans : un Français peut aller en prison. Pourquoi la majorité sociale n’est-elle pas à dix-huit ans ? Pourquoi, jusque vingt-cinq ans, les jeunes sont-ils exclus du RSA ? Pourquoi cette discrimination par l’âge ?

Quelle décision politique étrange, tout de même, et qui dure : une mesure supposée lutter contre la pauvreté écarte… les plus frappés par cette pauvreté ! Elle évite ce qui devrait être sa première cible !

Mais au-delà, parents, grands-parents. Je vous demande de faire pour la jeunesse ce que d’autres, avant vous, avant nous, ont fait pour la vieillesse.

Après la Seconde Guerre mondiale, dans une France exsangue, qu’ont décidé nos anciens ? De mettre en place « un vaste plan de sécurité sociale », avec notamment les retraites, avec le minimum vieillesse. Et ce fut un miracle : depuis des millénaires, vieillesse signifiait pauvreté dans les milieux populaires. On vieillissait, quand on avait la chance de vieillir, au crochet de ses enfants, ou de la charité. C’était la norme, qui appartenait au paysage. Et voilà qu’en trente ans, cette malédiction séculaire fut brisée : le taux de pauvreté chez les personnes âgées fut divisé par quatre, il a glissé sous la moyenne nationale. Et pourquoi, comment ? Parce qu’on est passé d’une solidarité familiale à une solidarité nationale, à une solidarité sociale.

Sortir les jeunes de la pauvreté : appel aux parents et grands-parents

C’est le même mouvement qu’il nous faut poursuivre, aujourd’hui, pour la jeunesse. Car les statistiques se sont inversées : c’est chez les jeunes, désormais, que la pauvreté est massive, quatre fois plus élevée que chez les retraités. C’est chez les jeunes, désormais, que cette pauvreté est devenue la norme, qui ne choque plus, qui appartient au paysage. Et ce sont les jeunes, désormais, qui vivent au crochet de leurs familles, un peu ou beaucoup, selon les fortunes : pour les plus aisés, leur loyer est payé, pour les autres, ils sont dépannés d’un sac de courses.

Cette solidarité familiale, inégale, ne suffit pas : là encore, il nous faut aller vers une solidarité sociale, une solidarité nationale. Il nous faut un socle offert à toutes, à tous, pour se former, pour se loger, pour se soigner, pour découvrir notre pays, pour s’envoler du nid, sans une aile cassée, sans un plomb à la patte.

C'est dans la pire des épreuves à la sortie de la nuit nazie que notre pays s'est grandi. A notre tour dans l'épreuve que traverse notre nation à notre tour de nous grandir pour notre jeunesse pour nos enfants pour nos petits-enfants.

Aller plus loin : "Un an qu'ils crèvent de faim et vous vous arrivez les mains dans les poches !"

Exposé des motifs

La majorité politique est à dix‑huit ans : un Français peut voter.
La majorité pénale est à dix‑huit ans : un Français peut être emprisonné.

Pourquoi la majorité sociale n’est‑elle pas à dix‑huit ans ? Pourquoi, jusque vingt‑cinq ans, les jeunes sont‑ils exclus du « revenu de solidarité active », du RSA ? Pourquoi leur refuse‑t‑on « le droit fondamental de tous les citoyens à disposer de ressources suffisantes pour vivre conformément à la dignité humaine », droit énoncé dans le préambule de la Constitution française de 1946 et par le Conseil de l’Europe ?

La pauvreté chez les jeunes explose

Cette discrimination, par l’âge, est déjà aberrante en temps normal : le taux de pauvreté est, chez les jeunes, trois fois supérieur aux plus de 65 ans. D’après la dernière étude de L’Observatoire des inégalités, la moitié des pauvres sont des moins de trente ans. Le taux de chômage atteint, parmi eux, les 20 %. Et par un choix politique absurde, une mesure supposée lutter contre la pauvreté écarte… les plus frappés par cette pauvreté ! Elle évite ce qui devrait être sa première cible !

Mais par les temps de crise que nous traversons, cette discrimination devient insensée, impitoyable. On peut citer des chiffres, encore approximatifs, certes : 40 % ont connu une baisse de leurs revenus, déjà modestes. 74 % auraient, l’an dernier, rencontré des difficultés financières. Et 50 % auraient peiné à se nourrir. « La moitié des bénéficiaires a moins de 25 ans » confirme Patrick Blanc, président des Restos du cœur. Un sentiment que partagent la Fondation Abbé Pierre et le Secours Catholique, mais aussi avec la Fage, l’Unef ou la FSE.

Les queues à la soupe populaire s'allongent

Ces statistiques sont incertaines, avec une part d’intuition, encore approximatives. Mais il y a des images, alors, des images qui frappent, qui glacent : ces files de jeunes gens, des queues infinies, des centaines de mètres, pour aller quérir un colis alimentaire, le soir, dans la rue ou dans un gymnase, à l’occasion d’une distribution caritative… Qui n’est pas stupéfait par cette vision ? Qui ne retrouve pas, comme en un écho visuel, le souvenir de ces clichés en noir et blanc aperçus dans les manuels d’histoire, au chapitre de la grande dépression, prises aux Etats‑Unis lors des soupes populaires ?

Mais il ne s’agit pas des années 30, là, ni de la lointaine Amérique. Il s’agit de notre pays, aujourd’hui, au XXIème siècle, et ceux qu’on traite ainsi, c’est l’avenir de notre Nation. Car qui rencontre‑t‑on, à se balader dans ces queues ? Une étudiante en master de neurosciences, un autre en informatique, une autre en psychanalyse…

Pas de RSA, pas de filet de sécurité social

Si les chiffres ne suffisent pas, si les images ne suffisent pas, il y a les visages. De Samia, étudiante en Seine‑Saint‑Denis, qui a basculé dans la prostitution pour survivre. De Marion, en décrochage scolaire, qui vit dans 9 m2, devenue une habituée des banques alimentaires. De Yannis, manutentionnaire à Roissy, dont l’emploi intérimaire a cessé du jour au lendemain. De ce jeune anonyme que nous croisons en maraude.

« Pendant l’année, normalement, j’ai deux boulots de baby‑sitter. Un le matin, à 7 heures, il faut que je me lève à 5 h 30, que je prenne le bus à 6 h 20, et je suis chez la personne vers 6 h 50. Je dépose le petit garçon à l’école à 8 h 30 et ensuite, soit je vais en cours, soit je reviens ici. Et le soir, entre 16 h 45 et 18 h 45, parfois plus tard. Mais pendant le printemps, forcément, ces petits boulots se sont arrêtés. »

Avant la crise, Amanda, étudiante en langues étrangères à l’Université de Lyon, ne vivait pas dans l’opulence. Boursière, bénéficiaire de l’APL, travailleuse, à la fin il restait 300 € pour (sur)vivre. Mais confinement. Et, comme Pierrick, ex‑salarié Amazon, l’emploi a disparu, les revenus avec. Et, comme Arnaud de Tours, étudiant en droit, qui saute les repas du matin et du midi, c’est la pauvreté qui dicte sa loi, qui rend l’existence toujours plus étroite, la vie difficilement vivable.

Des jeunes sacrifiés pendant la crise

Il faut souligner ici l’injustice du moment.

Pourquoi confine‑t‑on les jeunes ? Pourquoi a‑t‑on fermé leurs universités, mais aussi les bars, les cinémas, les salles de concert ? Pourquoi les a‑t‑on renvoyés « en distanciel » ? Pourquoi leur a‑t‑on imposé enfermement et couvre‑feu ? Pour protéger, notamment, les plus âgés.

Avec une souffrance à la clé : « On a fait passer des questionnaires auprès de nos étudiants, nous racontait le Président de l’Université Jules Verne à Amiens. Sur les 3 450 réponses qui nous sont remontées, 20 % ont scénarisé leur suicide. » 20 %, une donnée confirmée par Santé Publique France. Qui ajoute que un tiers des jeunes se déclarent « en dépression », et la moitié « inquiets pour leur santé mentale ». Et le Premier ministre en a convenu, contrit : « Il y a des suicides. »

C’est une épreuve que les jeunes endurent. A laquelle, jusqu’ici, ils ont consenti, non pour eux, mais pour autrui, pour leurs aînés. Mais comment les récompense‑t‑on ? En leur imposant une double peine : en plus du tourment moral, psychologique, on les punit par une sanction financière, non‑compensée.

Ce n’est ni le lieu ni l’heure, dans notre proposition de loi, pour polémiquer sur les mesures‑sparadrap du gouvernement. Ce n’est pas le lieu, non plus, ni l’heure, pour s’interroger sur cette indifférence de la société à sa jeunesse, sur les causes démographiques, politiques, de cette indifférence.

C’est l’heure d’agir, en revanche.
C’est l’heure d’assurer aux jeunes un minimum, de leur garantir un filet de sécurité.
C’est l’heure d’accorder aux jeunes l’égalité, tout simplement, les mêmes droits que tous les citoyens de notre pays, de leur ouvrir l'accès au RSA.

Le RSA, un minimum du minimum qui n'est pas l'idéal

Que les choses soient dites :

Vivre avec le RSA, vivre avec 580 € par mois, ce n’est un idéal pour personne, à n’importe quel âge. C’est surveiller ses factures, de gaz, d’électricité, comme une obsession, jusqu’après la virgule. C’est prévoir une liste de courses, et s’y tenir. C’est moins se déplacer, moins se soigner, moins bien se nourrir, se priver sur à peu près tout, avec guère de fantaisies. C’est demeurer bien en‑dessous du seuil de pauvreté.

Et pour nos jeunes, à l’avenir, nous aspirons à d’autres revenus, plus dignes, pour permettre leur envol : une allocation de formation, d’autonomie, d’études. Cet idéal, nous ne l’abandonnons pas, mais il attendra : c’est du minimum qu’il s’agit aujourd’hui.

Que les choses soient dites, encore, car le soupçon plane sur le jeune comme sur le pauvre : avec ses 580 €, il se reposerait sur ses indemnités, sur son canapé, devant sa télé.

« Active », c'est le "a" du RSA, et la solidarité doit l’être. Et c’est bien une « activité » qu’il s’agit de soutenir, d’accompagner, de rendre possible à chacun : la recherche d’emplois, de stages, d’alternances, bien sûr, mais aussi les études, la formation, mais aussi un engagement associatif, dans le sport, la culture, l’entraide, mais aussi un projet à monter d’entreprise, de voyage…

Le RSA, suppose, en théorie, un accompagnement : à cet âge, c’est parfois plus nécessaire. Qu’on en fasse un temps de construction, d’émancipation.

Enfin : dans notre histoire, les moments de crises sont aussi des occasions de s’élever, de se grandir. Après la Seconde Guerre mondiale, sans doute la plus terrible de nos épreuves, à la sortie de la nuit nazie, dans une France exsangue, qu’ont décidé nos anciens ? De mettre en place « un vaste plan de sécurité sociale », avec notamment les retraites.

Et ce fut un miracle : depuis des millénaires, vieillesse signifiait pauvreté dans les milieux populaires. On vieillissait, quand on avait la chance de vieillir, au crochet de ses enfants, et subsistant de la charité. Et voilà qu’en trente ans, cette malédiction séculaire était brisée : dès les années 1970, le taux de pauvreté chez les personnes âgées passait sous la moyenne nationale. Et pourquoi, comment ? Parce qu’on était passé d’une solidarité familiale à une solidarité nationale, à une solidarité sociale.

C’est le même mouvement qu’il nous faut produire, aujourd’hui, pour la jeunesse. Car les statistiques se sont inversées : le taux de pauvreté est nettement plus élevé, désormais, chez les moins de trente ans. Et ce, malgré le soutien des parents, des grands‑parents : 70 % des jeunes sont aidés financièrement, un peu ou beaucoup, selon les fortunes, les uns qui paient le loyer des enfants pour leurs études, les autres qui sont dépannés d’un sac de courses. Cette solidarité familiale, inégale, ne suffit pas : là encore, il nous faut aller vers une solidarité sociale, une solidarité nationale, rouvrir une espérance pour la jeunesse, et en tirer pour tout le pays une fierté, une respiration vers le futur, plutôt qu’une résignation.

Nous proposons donc, comme premier pas, ce principe simple :
La majorité politique est à dix‑huit ans.
La majorité pénale est à dix‑huit ans.
La majorité sociale est elle aussi établie à dix‑huit ans.

Le RSA Jeune en débat en commission

La proposition de loi

Article 1er

L’article L. 262‑4 du code de l’action sociale et des familles est ainsi modifié :
1° Au 1°, le mot : « vingt‑cinq » est remplacé par le mot : « dix‑huit » ;
2° Le 3° est abrogé.

Article 2

L’article L. 262‑7‑1 du même code est abrogé.

Article 3

I. – La charge pour l’État est compensée, à due concurrence, par la création de taxes additionnelles aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

II. – La charge pour les collectivités territoriales est compensée, à due concurrence, par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, corrélativement pour l’Etat, par la création d’une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

Bonjour Monsieur Ruffin,

Je vous souhaite sincèrement, une très belle année 2021. …

En tant que maman, fière d'une toute jeune universitaire de cette année, je n’ai d’autres combats en ce moment, que de soutenir comme je le peux, ma fille qui, hier, était si heureuse d’avoir réussi l’exploit de rentrer à l’université, trouver son propre appartement en colocation qui lui permettrait de suivre ses études tant désirées sans demander d’argent à ses parents qui n’auraient pu l’aider.

Mais qui, aujourd’hui à bientôt 19 ans, a perdu l’intérêt de s’envoler du nid familial. Chaque dimanche, je la raccompagne, toute fière de m’offrir le thé dans sa petite chambre d’étudiante, et chaque vendredi, elle me saute dans les bras soupirant de soulagement. Elle n’imaginait pas ses études comme cela.

Elle m’explique qu’elle a hâte qu’on ait enfin la ligne internet à la maison pour rester chez nous, car elle se sent seule. Moi en toute innocence, je lui propose, comme à la belle époque, de se faire des amis pour s’entraider. Mais quels amis, me dit-elle ! Elle ne serait même pas capable de reconnaitre ces visages masqués qu’elle n’a vu que quelques heures au début du trimestre quand ils avaient la chance de se croiser et étudier ensemble…. Même sa colocataire a fui l’appartement qu’elles partageaient pour rejoindre sa famille en province. Elle me dit que celle-ci va sûrement rester dans le cocon familial cette année car elle a la chance d’avoir internet à la maison.

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La chance d’avoir internet à la maison, nous ne l’avons pas encore, bientôt peut-être, me dit le fournisseur « avec qui on aurait tout compris » s’il n’avait pas mis trois mois pour créer notre ligne téléphonique après notre déménagement… « Une guerre des télécoms », me répond le pauvre technicien au bout du fil. Je comprends que tout comme moi, cette guerre n’est pas la sienne.

Et puis, Noël arrive, ma fille revient « à la maison » dans l’espoir que la rentrée aura lieu ….

Noël passe, le jour de l’an aussi, mais toujours aucune nouvelle de cette université qui reste sous un silence effarant pour nos jeunes dont l’angoisse est palpable, même pendant la fête …

Et puis, je repense à mes propres termes, Oh ! J’emploie les grands mots ! Ceux qui vexent les grands. Mais non, en fait, ma fille n’est pas une « victime » de ces combats de titans. Elle est bien entourée elle… Sa maman, sa mère-veilleuse, comme elle m’appelle, craignant pour la santé morale de son trésor, bravait deux fois par weekend, la police de la COVID pour venir la chercher pendant le confinement « en passant la barrière des 20 kms », délinquante de l’attestation que je suis,  pour la réconforter, qu’elle puisse soupirer et la redéposer ensuite chez elle, à la grande ville, où elle est seule, mais qui est malheureusement pour elle le seul endroit où elle peut avoir le graal de la 4G pour suivre le peu de cours que ses professeurs fantômes lui donnent à l’autre bout du réseau.

Malgré mon soutien, elle me dit qu’elle n'en peut plus de ses cours sans consistance. Ce Graal de l’université pour notre famille qui n’a guère atteint plus que le BAC pro …. Notre chère intellectuelle dont nous sommes si fiers me dit que ces cours n’ont pas de sens, qu’elle n’arrive pas à se concentrer, à se motiver, elle qui était si courageuse et sérieuse …. Tout en essayant de l’encourager, je ne peux que lui donner raison. Nous sommes trahis par notre éducation.

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Alors, en attendant, Monsieur Ruffin, je vous remercie de parler pour nos jeunes qui n'ont plus de souffle, plus de voix ....

Car hier, c’était la pauvreté qui pesait sur les jeunes épaules de nos étudiants, mais aujourd’hui, elle n’est plus la seule qui met à mal nos enfants : aujourd'hui, le mauvais traitement anti-COVID qu'on leur a réservé est aussi maltraitant que cette satanée pauvreté. En fait, actuellement, ils sont plus paumés que pauvre .... Allez voir sur les réseaux d'étudiants, pas un seul ne se plaint de la pauvreté, mais tous se sentent abandonnés et désespérés de ne rien voir venir, autant en cours sérieux pour étudier, qu'en aide morale. Même le numéro spécial psy ne répond plus dans ce brouhaha d'adultes, gérant de leur savoir et leur futur sacrifié....

Alors, hormis le fait qu'on ait décidé que leur vie future soit "non essentielle", on se permet de les stresser avec des partiels qui viennent de nulle part, sur des cours dont ils n'ont jamais vu les professeurs, on leur en balance certains en mode « contrôle surprise », même le samedi... et même le dimanche. Ma fille a même été tenue au courant d’un partiel seulement une fois qu’on lui a envoyé son absence injustifiée, et il y a celui pour lequel elle a été notée sur le Doodle et qui est mis aussi en absence injustifiée alors qu’elle a bien envoyé son devoir effectué devant mes yeux. Il avait été corrigé par un autre professeur qui n’est pas le sien… travail pour rien…

Bien sûr, vient le jour des résultats, le couperet que l’on attendait tous… C’est au téléphone, dans les pleurs de ma fille que j’apprends les mauvais résultats des partiels qui n’en étaient pas vraiment, mais qui malgré tout, dépriment mon étudiante. Elle ne comprend pas pourquoi malgré son acharnement et son sérieux, elle n’obtient que ces maigres points aux examens. Je lui explique, bien sûr, qu’il est difficile d’obtenir de bons résultats sans réels cours, sans professeurs, sans apprentissage…. Bref, je tente de lui expliquer qu’elle n’y est pour rien…. Même si tout au fond de moi, je me demande ce que cette génération sacrifiée va devenir. Cela me fait de plus en plus peur, avez-vous une réponse viable pour leur avenir ?

Ils veulent les rendre fous... Ce ne sont plus des études enrichissantes, c'est le parcours du combattant, une ingérence totale et sadique des vies de notre jeunesse qui n’en sortira pas indemne. Seulement les plus solides résisteront... Pourvu que les plus faibles ne fassent que laisser tomber leurs études et ne fassent pas partie des nombreuses victimes collatérales de cette gestion sadique d'un Etat qui ne souhaite qu'une chose à ce sujet : "La mort de notre université" pour la donner au marché de la finance... Pour eux, le tour est joué, il n'y a plus qu’à attendre la fin de la guerre pour que le lapin sorte de son chapeau et enrichisse encore les mêmes profiteurs.

Alors, je le répète,s'il vous plaît ne lâchez pas nos enfants, ils vont tous mal… Les grands qui leur ont promis une belle vie s'ils étudient bien les ont trahis, abandonnés, maltraités et enfermés. J'ai honte de maltraiter notre jeunesse, nos enfants, leur avenir, notre avenir !!! Merci

Véronique,

Une simple maman citoyenne.

https://www.youtube.com/watch?v=2Dj10BoLtFU

On en a plein le derrière. Et je reste poli, je pense à ma mère. Y en a marre. Ca suffit.

On vous a donné un an, oui, tout un printemps à l’isolement, avec les Ausweis pour sortir, les parcs et jardins interdits, les enfants enfermés, les grands-parents qui ne voient plus les petits. Et depuis, c’est pire, on vasouille, déconfinement, re-confinement, re-déconfinement, et peut-être, bientôt, le re-re-confinement, plus les couvre-feux à 20 h, à 18 h, les commerces ouverts, fermés, ouverts, les pas plus de six à table.

On patauge, on pédale dans la semoule. On vous a donné un an, un an pour tout rater, les masques, les tests, les vaccins. On vous a donné un an d’obéissance, de docilité comme jamais, mais maintenant, y en a ras le bol. Ma claque. Ca craque.

Des amphis aux pensées suicidaires en Picardie

Fin décembre, je rencontrais le président de l’Université de Picardie : « On a fait passer des questionnaires auprès de nos étudiants, il me racontait, sur les 3450 réponses qui nous sont remontées, 20 % ont scénarisé leur suicide. » Waouh. Ca me paraissait énorme.

J’avais beau les entendre, les lire, ces témoignages, de Maëlys : « J’ai envie de me taper la tête sur la table, tellement je n’en peux plus », Jessica, « Je pleure tout le temps, je ne me fais même plus à manger, je passe mes journées allongée dans mon lit », de Yann, « J’ai même picolé seul dans ma chambre tellement j’étais désespéré », j’avais beau, 20% de notre jeunesse étudiante qui aurait scénarisé son suicide, y a un biais d’enquête, je me disais.

Des amphis dépressifs dans le pays

Et puis, vient de tomber, l’étude, nationale, elle, de Santé Publique France. Près de 30%, 29% exactement, des 18-25 ans sont en dépression. 50 %, la moitié, un sur deux, sont inquiets pour leur santé mentale. Et certains, combien ?, ne se contentent pas de le scénariser, leur suicide. Cette semaine, un étudiant vient de se défenestrer à Lyon. En novembre, c’est à Nice, à Montpellier, que deux drames survenaient. Et un autre, en octobre, à Nancy. Les organisations étudiantes vous demandent cela : combien de suicides ? Combien ?

Nous l’ignorons. Vous l’ignorez. Et vous répondez à la détresse par un numéro vert ! C’est de la faute au virus, vous me direz. Oui, évidemment, en partie. Mais c’est de la faute, aussi, à votre politique.

Des amphis oubliés

D’abord, parce que vous n’en avez rien à secouer, de cette santé mentale. La preuve ? Dans votre conseil scientifique, dans votre conseil de défense, pas un seul expert, pas un seul médecin, pas un seul statisticien qui travaille là-dessus, sur la santé mentale. C’est la marque, évidente, que ça ne pèse pas dans la balance, ces dépressions, ces idées suicidaires, ce mal-être psychique. Que dans vos décisions, ça ne compte pas.

Vos décisions, justement, quelles décisions ? Comme un ça va de soi, à l’automne, vous fermez les amphis, vous fermez les facultés, vous fermez les universités. Les profs se débrouilleront avec Zoom, ils feront de la visio, c’est l’avenir, quoi, le numérique, qu’ils s’y mettent enfin, ces ringards, l’occasion de moderniser tout ça, de massifier pour pas cher.

L'exception des amphis

Les usines tournent. Les sites Amazon tournent. Cet amphi, ici, de 577 personnes, tourne. Mais les autres amphis du pays, eux, doivent fermer. Pourquoi ? Après quelles discussions ? Après zéro discussion. Où votre « doctrine », comme vous dites, pour masquer votre nullité, où votre « doctrine » est-elle débattue, discutée, votée ? Nulle part, ni ici ni ailleurs. Où met-on en question que, au fond, on enferme les jeunes pour protéger les plus âgés ? Ni ici ni ailleurs. Où examine-t-on le pour et le contre de mesures plus ciblées, sur les plus fragiles, sur les plus à risque, plutôt qu’un confinement généralisé ? Plutôt qu’un pays mis à l’arrêt ? Ni ici ni ailleurs.

Alors, je viens ici, pas pour pleurnicher, mais avec une demande claire, nette, précise : rouvrez les amphis. Rouvrez les amphis ! Rouvrez les amphis ! Décidez-le tout de suite, et faites-le très vite. Si, demain, vous re-confinez le pays, eh bien vous les re-confinerez avec. Vous les re-confinerez avec les entreprises. Vous les re-confinerez avec les lycées, avec les collèges, avec les écoles. Soit. Comme toute la Nation. Mais pas, aujourd’hui, contre eux, une loi d’exception.

Des amphis... qui ne votent pas

Cette demande de bon sens, vous n’en ferez rien, et je veux dire pourquoi. Pourquoi, depuis un an, l’enfermement des jeunes. Pourquoi leur mort sociale. La réponse est simple : Ils ne votent pas, ou peu. Ils ne sont pas, ou peu, organisés. Ils ne protestent même plus. « S'il ne fait aucun doute que des révoltes ont existé, écrivait Max Weber, ce qui appelle manifestement une explication, c'est surtout le fait qu'elles n'aient pas été plus nombreuses. » Et oui, j’espère, j’aspire, à une révolte des jeunes. Que leur vitalité se répande en cris, en manifs, plutôt qu’une une résignation mortifère, solitaire. Oui, je préfèrerais qu’ils prennent la rue plutôt que du Xanax.

« Nous n’avons pas de politique à avoir pour la jeunesse. »
C’est le président de la République qui s’exprimait ainsi, devant des étudiants, l’an dernier, dans ma ville, à Amiens. Et cette promesse, il faut le reconnaître, est tenue : Vous n’avez pas de politique pour la jeunesse. Et c’est criant, surtout par temps de confinement.

Après le printemps, voici l’automne, et rebelote : tout le pays, mais la jeunesse, surtout, la jeunesse et ses hormones qui bouillonnent, la jeunesse qui cherche son chemin, la jeunesse, cet âge des possibles, des tentatives, des échecs, la jeunesse va renoncer à ses envies, à ses sorties, la jeunesse va s’enfermer chez elle.

La jeunesse qui paie la crise

Et pour quoi ? Pour protéger les plus âgés. C’est bien. Mais quelle récompense reçoit-elle pour son civisme, pour son altruisme ? Rien. Pire : elle en est punie. C’est elle, la jeunesse, qui la première paie le prix de la crise. Tandis que les ménages français ont, cette année, fait cent milliards d’économies, les plus riches d’abord, qu’arrive-t-il à la jeunesse ? 40% ont perdu des revenus. Le taux de pauvreté était déjà, chez les jeunes, trois fois plus élevé, et à coup sûr il va s’aggraver.

Et ce n’est pas qu’un chiffre théorique, ce sont des jeunes femmes, des jeunes hommes, qui peinent pour leur factures, qui renoncent à se soigner, qui ne s’achètent plus de serviettes hygiéniques. Ce sont des jeunes femmes, des jeunes hommes, qui – les associations en témoignent – recourent aux colis alimentaires pour se nourrir.

C’est Amanda, en Master à Lyon, 300 euros par mois après loyer, qui a perdu ses baby-sitting, et qui sans ces petits boulots, renoncent au médecin, aux soins pour ses dents, aux allers-retours le week-ends chez ses parents.
C’est Sabrina, à Flixecourt, mention bien au bac, prise en BTS management mais sans entreprise pour l’alternance – et qui, faute de sous, ne peut en profiter pour passer le permis.
C’est Pierrick, à Douai, intérimaire chez Amazon, au bord d’être embauché, désormais sans mission, et sans un rond.
C’est Arnaud, à Tours, qui ne prend de repas ni le matin ni le midi, et achète encore moins le Code civil pour ses études de droit.
Et à eux, vous leur offrez quoi ? 150 balles et un Mars.

Un vaste plan de sécurité sociale pour la jeunesse

Souvent, notre pays s’est grandi à travers les épreuves. C’est au cœur de la nuit nazie, de la plus terrible de nos épreuves, que fut conçu, prévu, le « vaste plan de Sécurité sociale ». Jusqu’alors, dans les classes populaires, on vieillissait dans la misère, aux crochets de ses enfants. Qu’ont fait nos ancêtres, alors ? Ils sont passés d’une solidarité familiale à une solidarité sociale, nationale, et en trente ans, en une génération, une malédiction millénaire fut vaincue : grâce aux retraites, la pauvreté chez les personnes âgées fut brisée, passa sous la moyenne.

Je vous demande quoi, aujourd’hui, dans l’urgence ? Le même mouvement : que l’on passe d’une solidarité familiale, avec les familles qui ont les moyens d’aider leurs enfants, d’autres pas, à une solidarité sociale. « J'ai vécu, à un moment donné, quand j'étais adolescent, avec environ 1000 euros par mois, déclarait le président. Donc, je sais ce que c’est que de boucler une fin de mois difficile. » Voilà la jeunesse difficile d’Emmanuel Macron. Mais 1000 €, c’est un rêve pour bien des jeunes !

La jeunesse, oubliée de l'Etat social

Et ces 1000 €, nous ne vous les demandons même pas. En revanche, nous défendons ce principe : à 18 ans, un jeune peut voter, peut aller en prison, pourquoi le priver des minima ? La majorité sociale doit coller à la majorité politique, à la majorité pénale. Ca n’est pas un idéal : juste le minimum. Voilà pour gagner sa vie, mais encore faut-il lui donner un sens. Par le travail, oui. Par l’utilité commune.

Amanda, Pierrick, Arnaud ou Sabrina, et des millions de jeunes avec eux, auront à affronter le réchauffement climatique, des catastrophes en série – dont le Covid n’est qu’un prémice. Voilà la toile de fond, tragique, de leurs consciences. «Qu'ils aillent manifester en Pologne ! », leur conseillait le président. « Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c'est sympathique, mais ce n'est pas le problème. » Eh bien, justement, ces jeunes veulent agir.

Et toujours dans le même esprit : usons de cette crise pour inventer, pour innover, pour nous grandir. Après la crise de 1929, Roosevelt avait créé le « Corps de protection de l’environnement », avec des travaux de reboisement, contre l'érosion, contre les inondations, avec des centaines de milliers de chômeurs embauchés.

De la décence et du sens pour la jeunesse

C’est la même ambition qui devrait nous habiter, pour faire naître des nouveaux secteurs, des nouveaux métiers : des ateliers de réparation dans toutes les villes, tous les cantons, tous les quartiers. Des haies à planter partout, contre les coulées de boue. Des conciergeries pour les habitants, les personnes âgées. De l’agriculture de proximité. Autant de besoins qui existent, mais qui ne seront jamais rentables, jamais satisfaits par la main invisible du marché.

Alors, créons ces emplois ! Agissez ! A la place, vous versez des milliards, des dizaines de milliards à Amazon, Sanofi, Auchan, Carrefour, dans l’espoir que ça ruisselle – et qu’ils embauchent Amanda, Pierrick, Arnaud ou Sabrina. « Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, prévenait le président. Ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains. » N’enfermez pas cette jeunesse de Stains et d’ailleurs dans vos propres œillères, entre Uber et dealer.

De la décence, et du sens : pour eux, faites une exception, un effort d’imagination, un petit pas dans l’Histoire. Plutôt que de prétendre « libérer leur énergie », canalysez-là, donner leur les moyens de l’utiliser utilement, Appuyez-vous sur leurs envies, leurs appétits, pour qu’ils se rendent utiles aux pays, qu’ils comblent vos lacunes, qu’ils réparent ce que vous abîmez.

https://www.facebook.com/FrancoisRuffin80/videos/576718132829183/

Question écrite à Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education Nationale.

Le député François Ruffin interpelle le ministre de l'Education nationale.

Ce lundi 25 mars, dans la Somme, c'était "journée morte" dans onze collèges et dans une quarantaine d'écoles. 0 élève à la maternelle La Paix, 0 au Pigeonnier, 1 à Schweitzer, 0 à Lesot, 0 à Gustave Charpentier,... L'opération fut très suivie : des centaines de parents, des milliers même, ont gardé leur enfant, ou l'ont fait par un ami, par une grand-mère, pour protester.

Protester contre quoi ? Pour la rentrée 2019, vous supprimez 26 postes au collège, l'équivalent d'un établissement, alors que, d'après vos propres prévisions, les effectifs vont augmenter de 249 élèves ! C'est à l'image de votre politique dans le pays : la France comptera 40 000 collégiens de plus, mais vous supprimez 2600 postes d’enseignants !

La Somme réclamerait pourtant un autre traitement : quant aux difficultés de lecture, à l'entrée en sixième, notre département est aujourd’hui le deuxième, après l’Aisne (50 % de plus que la moyenne nationale !). C’est en Picardie qu’on a la plus faible espérance d’obtenir le Bac. La rectrice précédente, partie à Lille, en convenait d’ailleurs: « Nous sommes bien conscients des difficultés éducatives propres de ce territoire ». Mais ces "difficultés" seront résolues, semble-t-il, avec toujours moins de moyens : c'est l'équivalent d'un collège, d'ores et déjà, que vos services avaient supprimé l'an dernier.

Votre logique est simple, bêtement comptable : vous avez dédoublé les classes CP et CE1 en Rep, (mesure à laquelle, en soi, je suis favorable). Mais à budgets constants, et même réduits, vous allez gratter partout pour financer cela : les Rased sont rasés, les postes de directeurs diminués, les effectifs croissent en primaire, on s'oriente discrètement vers la fin de l'éducation prioritaire en collège, les seuils de 29 élèves par classe sont franchis depuis l'an dernier, 30 désormais... Et bientôt, via votre dernière loi, pour d'improbables économies d'échelle, vous allez inventer des méga-établissements avec des super-managers... Pour un effet d'affichage, vous détériorez toute l'éducation.

Avec des situations navrantes à la clé : de 12 élèves en classe de CE1, les élèves de Rep se retrouvent soudain à 28 en CE2. Alors qu'on parle d' "inclusion scolaire" des élèves en situation de handicap, les enfants souffrant d'autisme, de dyslexie, d'hyperactivité sont accueillis dans des classes à 30 élèves, rendant une relation individuelle avec les enseignants bien compliquée, sinon impossible, et avec des sièges à rajouter quand une accompagnante vient aider. Ailleurs, c'est à 32 élèves qu'il faut, en cinquième, apprendre l'allemand. A Ailly-sur-Somme, c'en est fini de l'option judo, le théâtre est menacé, la mini-entreprise sur la sellette.

L'an dernier, les enseignants du collège César Franck, à Amiens Nord, rencontraitent l'Inspecteur d'Académie : "Vous allez toucher l'os", ce dernier les rassurait étrangement : "On n'est pas encore à l'os, mais quand on y touchera, vous allez le sentir." Cette année, nouvelle rencontre, et nouvelle admonestation de l'Inspecteur: « Si vous n’êtes pas capables d’enseigner devant une classe de 25 élèves, démissionnez ! » Soit. On aimerait que la même mesure s'applique à vous-même, Monsieur le ministre, et à vos cadres de l'Education nationale : venez une semaine au collège César Franck ou ailleurs, envoyez-y votre Inspecteur, et si vous ne parvenez pas à enseigner, démissionnez ! Ou baissez les seuils.

Aussi, pour la Somme, avec 249 élèves en plus, nous vous demandons a minima de maintenir les effectifs enseignants. Pour que ne s'instaure pas une école de la défiance. Avant que cette rébellion picarde ne fasse contagion.

François Ruffin

Opération "Collèges morts" : le réveil de la Somme !

Quand Macron décide de faire le dédoublement des classes en CP et CE1, il prend à Paul pour habiller Jacques ! Les parents s'étaient mobilisés l'année dernière et avaient sauvé 30 classes pendant la nuit des écoles ! La Somme se réveille une fois de plus pour occuper ses collèges, rejoignez nous !

Les collèges et écoles d'Amiens, d'Ailly sur Somme, Villers-Bocage, Bernaville, Oisemont, Piquigny, Friville-Escarbotin sont déjà mobilisés : rejoignez-les ! 

Voir la carte des écoles mobilisées
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